Le dimanche 17 décembre 2006

Rencontre avec le créateur du Pumpernickel

Syndicat Potentiel, Strasbourg
Tarif non communiqué

Rencontre avec le créateur du Pumpernickel, journal alternatif de la
région de Wissembourg, à 20 h lundi 18 décembre au syndicat potentiel
rue des couples.

Voici un texte que nous communique aimablement Antoine, avant la
rencontre de
lundi : nous avons sans doute beaucoup à apprendre de cette expérience.
>
> Le dernier numéro (n°47) du Pumpernickel sera dispo.
>
> "Petite présentation de Pumpernickel, publié sans désemparer depuis
le mois de
> septembre 1995.
>
> De quoi s'agit-il - Avant tout d'une initiative individuelle, on dit
maintenant
> citoyenne, qui consistait à offrir une tribune à toutes celles et à
tous ceux
> qui sont de facto écartés de la prise de décision municipale. Comme
beaucoup de
> mes concitoyens, j'ai le triste privilège de devoir subir des
décisions qui me
> sont imposées sans que mon avis, positif ou négatif ne soit
sollicité. Il m'a
> donc paru salutaire d'offrir une caisse de résonance aux avis
différents. La
> presse étant par nature le contre-pouvoir potentiel, je me suis lancé
dans une
> aventure qui n'en finit pas de durer. Cette initiative a eu pour
effet de
> réveiller les pouvoirs municipaux locaux qui sont maintenant obligés
de
> publier, aux frais de tous les contribuables (environ 10 000 euros
par an) une
> feuille de propagande qui prétend (me) répondre en chantant leurs
louanges,
> mais c'est une autre histoire.
>
> Il a bien été question il y a 11 ans de constituer une association et
un comité
> de lecture et de rédaction, mais après quelques contacts infructueux,
j'ai
> décidé de partir seul, et de sortir en septembre 1995 le numéro 1 de
cette
> petite feuille dont le nom, "Pumpernickel", renvoie à un petit
personnage de la
> mythologie locale, sorte de Till Eulenspiegel de la Lauter. J'avais
longuement
> hésité sur le rythme de parution, et compte tenu de la modestie de
mes moyens,
> j'ai opté pour un trimestriel de quatre, puis six, puis huit et
> occasionnellement 12 pages. Les débuts ont été difficiles, le tirage
fixé à 1
> 000 exemplaires a vite été ramené à 750 (qui suffisent à peine
puisqu'en plus
> des envois postaux, je dois en déposer au titre du dépôt légal et en
garder une
> vingtaine comme stock ; on en est maintenant à 500 exemplaires pour
des raisons
> comptables) pour des raisons d'abord financières. Les ressources sont
en effet
> très aléatoires puisque ce journal n'est payé que par celles et ceux
qui le
> veulent bien et qui donnent ici ou là 1 ou 150 euros selon leur
humeur. Les
> exemplaires déposés dans les bureaux de presse, les salles d'attente
des
> administrations ou les débits de boisson sont à la disposition du
public qui
> n'en laisse que peu derrière lui. Difficile dans ces conditions de
mettre en
> place un système de paiement rigoureux. Je peux compter sur tout un
réseau
> d'amis et de connaissances qui distribuent à leur tour cette petite
feuille,
> recueillant à l'occasion des dons plus ou moins importants. Jusqu'à
présent, ce
> mode de fonctionnement très souple et tout à fait transparent (la
publication
> des comptes annuels y est probablement pour quelque chose) m'a permis
> d'équilibrer mes comptes, au moins pour ce qui concerne l'impression
(j'assure
> la composition, la mise en page, la rédaction, et la distribution en
vélo dans
> Wissembourg intra muros, soit au total une bonne cinquantaine
d'heures par
> bimestre). L'expédition par voie postale n'est pas intégrée aux
comptes
> puisqu'elle ne représentait au début du journal qu'une part tout à
fait
> marginale des coûts (à peine une vingtaine d'envois). Mais les
sollicitations
> devenant nombreuses, des réseaux se sont créés et j'ai été dans
l'obligation de
> faire face, toujours sur mes fonds propres, à hauteur d'environ 240
euros par
> an.
>
> J'ai mis un point d'honneur à paraître avec régularité, en soignant
la mise en
> page, en recourant à une langue épurée de toutes les scories
"tendance" pour
> offrir à un lectorat exigeant, fidèle et respectable un "produit" de
qualité.
> J'ai en plus la chance d'être libre car, comme me le disait un
journaliste, "ce
> journal est libre, intégralement : il ne reçoit pas de publicité, ses
rédacteurs
> sont bénévoles et il est "gratuit", mieux que cela, ceux qui veulent
qu'il vive
> sont prêts à donner pour qu'il continue sur sa lancée ". cette
réflexion était
> tout à fait prémonitoire, puisque quelques mois plus tard j'ai
malheureusement
> dû répondre à une convocation de la "justice" en février 2004, puis
en juillet
> 2004 (en appel) parce que le maire de Wissembourg s'estimait diffamer
par ce
> que j'écrivais sur lui. Il s'est trouvé des magistrats pour lui
donner raison
> "au nom du peuple français", ce qui n'a pas été du goût de la bonne
centaine
> d'amis qui m'ont envoyé au total près de 6000 euros, soit ce que je
devais
> régler à des titres divers. Si je parle de cela, c'est parce que les
attaques
> dont « l'autre presse » est la cible ne font que renforcer la
sympathie dont
> elle jouit (mieux vaut être David que Goliath) et achèvent de
discréditer ceux
> qui les lancent. C'est en tout cas ce qui s'est passé ici, où la
mairie y
> regarde à deux fois, du moins pour l'instant, avant de se relancer
dans la
> bagarre judiciaire.
>
> Cette mésaventure m'a amené, sur les conseils des copains et copines,
à fonder
> une « société des amis de Pumpernickel » qui est une sorte de
protection
> collective face aux attaques dont cette feuille est l’objet.
>
> J’ignore si cette contribution permettra d’avancer dans le débat et
permettra de
> préciser les termes du contexte dans lequel nous évoluons et qui est,
somme
> toute, paradoxalement assez confortable : nos amis sont nombreux et
mobilisés,
> et nos adversaires ne savent pas par quel autre bout nous prendre que
par ce à
> quoi ils croient, l’argent.
>
> La création de Pumpernickel a obligé la mairie à apparaître dans le
paysage
> éditorial local où régnaient jusqu'alors et sans partage les
dernières
> nouvelles d'alsace, avatar local de ce que j'appelle la PLR pour
presse locale
> de révérence. Fidèle à des habitudes autoritaires, la mairie a pris
le taureau
> par les cornes et s'est lancée surtout depuis un peu plus de 5 ans
dans une
> entreprise de "communication" qui est à l'information ce que la
musique
> militaire est à la musique. Cela s'est traduit par l'emploi d'un
conseiller en
> communication rémunéré 1 200 € de la journée (entre 35 et 60 jours
par an) qui
> se charge de la rédaction des 4 numéros de l’irremplaçable « gazette
de
> Wissembourg » à raison de 4 000 € par numéro, auxquels il faut
ajouter 2 500 €
> d'impression. Inutile de décrire l’ennui et les bâillements que peut
engendrer
> la lecture de ce folliculaire qui prétend donner des « informations »
sur ce
> qui se passe dans la ville. Pour l’essentiel, il s’agit de la reprise
des
> registres de l’état civil ou du calendrier des « manifestations »
> touristico-folkloriques censées amener à Wissembourg les cohortes de
flâneurs
> qui dépenseront quelque argent dans les échoppes. Pour le reste,
quelques «
> dossiers » sur les grands projets ou travaux dont on connaît déjà
tout sont
> agrémentés de recommandations sur le respect des sens interdits ou
l’obligation
> de déneiger son trottoir.
>
> Qu’en est-il de l’implication de la population dans les décisions, ou
de son
> association aux décisions - Là encore, on est loin de l’ébauche de la
> démocratie participative ! Tout est décidé dans le secret des
réunions de
> quelques adjoints, la vérité étant ensuite délivrée au peuple lors
des séances
> du conseil municipal qui sont à la démocratie ce que sont les droits
de l’homme
> dans les prisons biélorusses. Parfois, le roi (c’est comme ça que je
l’ai
> surnommé, et le sobriquet a fait florès en ville) condescend à
rencontrer son
> peuple lors de cérémonies rituelles appelées « réunions de quartier »
au cours
> desquelles dans une gestuelle proche de celle du moulin à vent il
brasse toutes
> les questions qu’il se pose, ne négligeant pas au passage de s’en
prendre
> nominativement à tel ou tel de ses opposants s’il(s) a (ont) le front
de
> profiter de l’occasion pour entendre ce qui va se dire.
>
> Tout ce que je viens de dire n’est malheureusement pas exagéré, et
c’est aussi
> le lot de la plupart des petites villes où la pression sociale
empêche les
> citoyens de profiter de la protection de l’anonymat des grandes
agglomérations
> pour dire réellement ce qu’ils pensent. Dans ce contexte exécrable,
il n’est
> pas étonnant que le maire, ou la mairie, puisse recourir à
l’intimidation et
> déclenche l’arme judiciaire aux frais du contribuable pour demander à
> l’insolent des sommes incroyables, propres à provoquer sa ruine
financière.
> C’est en tout cas ce qui a failli m’arriver, et je n’ai dû mon salut
qu’à la
> solidarité des copains, je tiens à toujours le préciser.
>
> Antoine"

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Lieu : Syndicat Potentiel

Ville : Strasbourg

Département : Bas-Rhin

Région : Grand Est

Pays : France

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