WE DON'T CARE ABOUT MUSIC ANYWAY
Du turntablism radical (Otomo Yoshihide) à l’innovation musicale informatique (Numb), en passant par l’audace instrumentale (Sakamoto Hiromichi), la scène de musiques actuelles de Tokyo constitue une avant-garde que personne ne peut plus ignorer.
Dans une école en ruine, non loin de Tokyo, Sakamoto Hirochimi erre dans les couloirs vides avec son violoncelle, traînant sa pique au milieu des éclats de verre, la frottant sur le ciment, improvisant à partir d'objets abandonnés (pistolet à bille ...qu'il décharge dans la caisse de son instrument), remplissant de stridences le lieu fantômatique. Dans une décharge pour métaux, Otomo Yoshihide bricole avec une platine, une pièce de monnaie, un transistor et une barre d'acier sur une guitare. Yamakawa Fuyuki, performer singulier à la longue chevelure, stéthoscope scotchée sur sa poitrine fait résonner les battements de son cœur, pulsations qui font scintiller les filaments des ampoules. Un microcontact sur le nez, il claque des dents et frappe son crâne, jusqu'à la transe. Cédric Dupire et Gaspard Kuentz, réalisateurs de We don't care about music anyway..., film d'une grande beauté plastique, tendent le micro à huit musiciens japonais aux approches radicales, luttant contre le carcan étouffant de la société japonaise hostile à tout débordement. « Les Japonais n'ont pas une sens du bonheur très développé », constate Sakamoto. Les auteurs les ont filmé dans des lieux vides, évoquant les rebus de la société consumériste tokyoite. Les prises de sons dans la ville (crachotement d'un haut parleur, broyeur d'ordures, annonces commerciales, rumeur urbaine) se mêlent avec grâce aux sons improvisés des musiciens, brouillant les limites conventionnelles entre musique et bruit : la saturation des sons en réaction à la surabondance des biens. Cette « game over generation » prend à rebours la logique destructrice de la consommation : « Consommer, jeter, détruire, recycler » devient « écouter, sampler, détruire, recomposer ».
Tout en présentant des acteurs majeurs de cette scène, We Don't Care About Music Anyway… propose une vision kaléidoscopique de Tokyo, confrontant musique et bruit, sons et images, représentation et réalité, fiction et documentaire.
“We don’t care about music anyway… “
Une certaine façon de dire : “Nous la faisons, un point c’est tout”. Au-delà de la musique, et au-delà de la performance, se jouent l’avenir et les modalités d’existence d’une ville et d’une société entière.
Samedi 12 mars
18:00 - 21:00
STIMULTANIA
33 rue Kageneck
Quartier gare
67000 Strasbourg
Lieu : Stimultania à Strasbourg
Ville : Strasbourg
Département : Bas-Rhin
Région : Grand Est
Pays : France



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